Les missionnaires dans l'histoire

Un prêtre diocésain, Pierre Dalmond, est venu à Madagascar en 1831 avec de Solages. Après la mort de celui-ci, il a été retenu dans une paroisse à Bourbon. En 1837, il a pu s’échapper un an vers Sainte Marie. En 1841, Pierre Dalmond, attentif aux possibilités nouvelles d’évangélisation locale, est parti chercher en France des missionnaires. Il a pris des contacts en France avec le Séminaire du Saint Esprit et avec le Père Libermann, et à Rome avec le Père Roothaan, Général des Jésuites, qui a été déjà au courant des demandes et des démarches par l’intermédiaire du Père Maillard, Provincial des Jésuites de Lyon. Il revint avec quatre pères et deux frères jésuites ainsi que deux prêtres du Saint Esprit, dont le plus connu est M. Webber. Il est utile de préciser que Nosy Be, devenue colonie française ainsi que les îles de Nosy Komba et Nosy Mitsio, Nosy Mino, Nosy Faly relevaient en principe des Spiritains, à qui était dévolue la charge des colonies. Mais les Spiritains, manquant beaucoup de personnel, avaient envoyé seulement deux hommes et laissèrent aux Jésuites l’essentiel de la tâche.

Le Père Marc Finaz (1815 – 1880) a célébré la Première Messe le 8 Juillet 1855 à Antananarivo. Il fut préfet apostolique des Petites Iles, de 1850 à 1864. Il a été rappelé à Madagascar par Radama II, dès 1862. C’est un missionnaire dévoué et d’une patience inaltérable, toujours en route pour fonder des postes, instruisant avec son harmonie – flûte. Il a fait la navette entre Tananarive et Fianarantsoa. On le considère comme le fondateur de la Mission de Fianarantsoa. Il meurt, à 65 ans, à l’infirmerie de Tananarive, 1880.

Le Père Webber (1819 – 1864) s’est fait Jésuite en 1851. Après la mort de Ranavalona I, le 16 Août 1861, Webber a été reçu par le nouveau roi Radama II le 24 Septembre 1861. Pour Webber, la date du 24 Septembre 1861 peut être considérée comme celle où la Grande Ile de Madagascar a ouvert ses portes à l’Eglise Catholique. Webber est le premier curé d’Andohalo. Il a composé un Dictionnaire FrançaisMalgache, chaque mot est traduit en Hova, Sakalava et Betsimisaraka. Lui-même l’a imprimé ainsi qu’une grammaire malgache et ensuite un Catéchisme betsimisaraka et un autre Sakalava. Musicien, il compose des cantiques malgaches. Il dirige l’Imprimerie, et assure 30 publications. Il meurt en 1864 à 45 ans.

Le Père Alphonse Taix est l’architecte de la cathédrale d’Andohalo et ensuite de Fianarantsoa, aidé des Frères Souche et Ziemmer.

Un missionnaire célèbre, apôtre dans l’Ankaratra, c’est le Père Désiré Roblet. Il a établi des postes, dans deux cents villages ; chaque matin il fait la catéchèse pendant plusieurs heures. Il est également directeur de l’Imprimerie. Sa « carte géographique de Madagascar », établie avec des instruments primitifs, faisant lui-même les levées topographiques, est d’une précision remarquable. Après 56 ans de mission, il meurt à 86 ans, en 1914.

Non moins étonnant le travail du Père François Callet (1822 – 1885), qui a la patience de recueillir et de transcrire les récits, les proverbes, les usages, les événements même anciens et publie le Tantaran’ny Andriana, en 4 volumes. Il a fondé des postes en brousse ; il se fait maître d’école à Tamatave. Pendant l’exil de 1883 – 1885, il est à la Réunion, où il meurt à 63 ans.

Le Père Antoine Abinal (1829 – 1887) traduit en Malgache l’Ancien et le Nouveau Testament ; il utilise les Notes du P. Callet pour aider à la rédaction du Dictionnaire Malgache-Français du Père Malzac ; il meurt en 1887.

Le Père Victorien Malzac (1840 – 1913), responsable de l’Imprimerie, a pu publier son Dictionnaire Français-Malgache et Malgache-Français, vers 1889. Ces deux dictionnaires sont encore les plus utilisés de nos jours.

Entre-temps le Père Camille de la Vaissière, ancien Supérieur général, a fait paraître son livre intitulé Madagascar, ses habitants et ses missionnaires, en 2 volumes, en 1884 ; il est interdit à Madagascar. Le Père est devenu supérieur à Maurice ; mais il meurt à 50 ans.

Un autre Père, curé d’Andohalo, le Père Ailloud, est actif et établit les Oeuvres Catholiques : l’Union Catholique des hommes et la Congrégation Mariale des femmes dont la première présidente élue le 7 Août 1876, a été Victoire RASOAMANARIVO.

Le Père Pierre Caussèque est aussi un bon grammairien et un fin lettré malgache. C’est le fondateur rédacteur de la Révue Resaka, en réponse à une revue protestante Teny Soa, à cause aussi de la lutte scolaire contre les Luthériens dans l’Ankaratra. Dans les adieux à la Cathédrale d’Andohalo, pour l’exil, en 1883, le Père Caussèque confie la chrétienté naissante à Victoire Rasoamanarivo, avec l’aide de l’Action Catholique.

Les Jésuites ont établi un Collège Séminaire à Bourbon, à La Ressource où ont été envoyés des jeunes malgaches pour faire des études. Les Pères voulaient des prêtres. Mais La Ressource n’a donné qu’un seul prêtre : le Père Basilide RAHIDY (1839 – 1883).
Rappelons les principales étapes de sa vie : il est né à Nosy Be en 1839 de race Betsimisaraka, il est fils du roi Linta. Envoyé à Bourbon par Pierre Dalmond en 1846, il a été l’un des premiers élèves de La Ressource. Le 21 Mai 1857, il est entré dans la Compagnie de Jésus, au Noviciat de La Ressource. Il a fait ses études de Philosophie et de Théologie en France ; c’est à cette époque, vers 1872, qu’il a composé sa Grammaire malgache, d’abord lithographiée, et publiée ensuite en Trois Volumes en 1895 (après sa mort) et qu’il a traduit en malgache les Fables de La Fontaine.
Le Père Basilide RAHIDY a été ordonné prêtre en 1872, à Vals en France. Il est rentré dans la Mission en 1874 et il célèbre sa première Messe, devant sa mère et sa sœur, qui est devenue reine de Fasena. Aussitôt il est chargé de la Paroisse de NotreDame du Sacré-Cœur, à Ambavahadimitafo. Ses années d’apostolat ont été brèves : le 10 Avril 1883, il est décédé à Ambohipo et le 12, il a été enterré dans le tombeau de la Mission. Il a été le premier prêtre jésuite malgache de la nouvelle mission au XIXe siècle. Son neveu est le second prêtre jésuite malgache, le Père Venance MANIFATRA (1862 – 1926). Il a été ordonné prêtre en Espagne.

Le Père François MORTEROL, s.j (1931 – 2000) :
Le 25 octobre 1950, il entra au noviciat de Mons, dans la Province de Toulouse. Il s’offrit pour les missions, et, après un an de Juvénat à Laval, il fut envoyé à Madagascar en 1953. Il accomplit ici son service militaire avant d’être régent, surveillant ou professeur, au Collège Saint Michel de Tananarive. La charge était lourde, de jour et de nuit, car les internes étaient nombreux.
En 1956, il commence la philosophie, dans la banlieue de Tananarive. Les conditions de vie étaient assez rudes. Séminaristes diocésains et religieux jésuites ou salettins habitaient une même maison sans confort et suivaient les mêmes cours. Les professeurs étaient peu nombreux et assez âgés, la bibliothèque peu fournie. On enseignait dans un mélange de français et de latin. Quelques jeunes supportaient mal la colonisation et ne sympathisaient pas spontanément avec les missionnaires venus de l’extérieur. Un supérieur eut la sagesse de renvoyer François en France. François fut ordonné prêtre le 1er septembre 1962, et dès la fin du Troisième An de Noviciat, il retourne à Madagascar, en septembre 1964. Pendant quelques mois, il étudia la langue malgache à Ambositra, avec un excellent professeur sicilien, le Père Mangiapane. Désormais, il pouvait s’initier à la pastorale, à Sandrandahy et à Talata-Volonondry.
Ce furent des stages assez brefs, car dès 1966 il est appelé au Collège Saint Michel, et chargé du premier cycle.
Surtout il devint en quelque sorte prisonnier et esclave volontaire du collège. Sauf pour huit jours de retraite annuelle à l’école d’agriculture de Bevalala, il reste enfermé dans les bâtiments scolaires. Préfet, économe ou intendant, chargé de la discipline ou des finances, il n’accepte pas de perdre une minute pour le tourisme ou l’exotisme, ni même pour s’oxygéner sur le stade du collège. Il laisse aux autres le ministère proprement sacerdotal.
Après 1972, la révolution marxiste et maoïste impose des programmes insensés qui intoxiquent les jeunes. Les horaires sont démentiels, l’année scolaire dure 365 jours, car les dates des vacances ne sont pas les mêmes pour toutes les classes. Cela disloque les familles, et leur niveau de vie baisse. Les élèves ne sont pas toujours assez nourris, il faut limiter les sports, et le pourcentage des échecs scolaires est effrayant (c’est lui-même qui l’écrit).
L’économie fait face, se raidit. Chaque année, il réussit à augmenter les salaires des enseignants pour compenser la hausse des prix. Les professeurs lui sont très reconnaissants.
Au lendemain de sa mort, un de ses anciens élèves (promotion 1977, ancien élève de l’E.N.A. de Paris), écrira dans « l’Express » de Tananarive :
« Ce qui est frappant chez le Père Morterol, c’est l ‘équilibre de sa vie : il est de la plus haute exigence avec les élèves comme il l’est avec lui-même. Il n’y avait aucune distinction de race, de couleur, de religion… Les plus brillants étaient malgaches… Le Père Morterol s’est toujours comporté à notre endroit comme un chef qui prépare la relève dans le respect de notre personnalité… S’il faut résumer en deux mots ses qualités, ce seraient sévérité et justice ».
A la rentrée scolaire de septembre 1998, François était très fatigué et affaibli. Les radiographies des poumons enlevèrent toute illusion, et le 2 mars 1999, il arriva à Lille, épuisé. Il mourut paisiblement le 5 février 2000, à l’hôpital Saint Vincent, à Lille. La mort a été durement ressentie au Collège Saint Michel, alors que le choléra et les cyclones aggravent la pauvreté du pays.
Quatre mois après François, le Père Antonio Bernardi, Directeur du Technique de Saint Michel, est mort le 6 juin, succombant à une affection cardiaque aggravée par de multiples complications.
François était un an plus jeune qu’Antonio. Tous deux n’eurent qu’une seule charge, le collège. Ils partageaient le même idéal de l’éducation, et la volonté d’aider les élèves moins fortunés.

Le Père Antonio BERNARDI, s.j (1930 – 2000) :
Né le 1er février 1930, entré dans la Compagnie en 1946, missionnaire en 1954, ordonné prêtre en France le 7 septembre 1960, Directeur du Technique du Collège Saint Michel de Tananarive de 1962 à 2000, décédé le 8 juin 2000.
En septembre 1962, il repart pour Saint Michel. A peine arrivé, Tonio fut destiné au poste qu’il occupa pendant 38 ans en tant que Directeur du Technique de Saint Michel. Comment décrire tant d’années d’une vie régulière, ordonnée, méthodique et toujours vouée au même cadre de l’enseignement technique, mécanique et électricité ?
Tonio parvint à trouver une méthode cohérente et des programmes bien équilibrés, tout en n’ayant pas eu de préparation spécifique dans ce domaine, ayant été orienté auparavant vers le social. Il acquit donc par lui-même la formation nécessaire en tentant de nouvelles expériences et en consultant livres et professeurs.
Quelques convictions essentielles s’affermirent progressivement dans ses orientations en devenant une règle de conduite dans ses choix. Parmi celles-ci, je ne citerai que celles qui donnèrent un caractère bien défini à son travail.
Pendant les premières années d’activité au Collège, encore motivé par son ouverture pour le social, il organisa avec un groupe d’étudiants des camps de travail, souvent sur la Côte Est, spécialement pour des canaux d’irrigation ou la réhabilitation de morceaux de routes locales.
En un deuxième temps, il se lança dans la formation artistique, avec des représentations théâtrales de haut niveau, si bien que différents collèges et institutions l’invitaient dans leurs salles, avec un véritable succès, tant était bien soignée la préparation des acteurs et appropriés les décors de scène.
En un troisième temps, Tonio se forma à cette conviction : il est plus important de donner à nos jeunes une formation et une qualification en vue d’un travail professionnel précis, plutôt que des diplômes universitaires. Ainsi, chaque année, 20 à 30 de ses élèves ayant terminé leurs études techniques étaient immédiatement embauchés dans diverses entreprises, qui reconnaissaient désormais la validité de leur qualification. D’année en année, il avait l’intuition de la ligne de formation à donner, si bien que même les institutions d’Etat venaient le consulter et essayaient de s’inspirer de ses programmes. Dès 1984 il a fondé la Première Université Privée de Madagascar en collaboration avec les Anciens : l’ETS.
Quand on est au travail, on travaille ; quand on est en vacances, on est en vacances A différentes occasions, je vins lui rendre visite dans son bureau, pendant les heures de travail : peu de paroles, juste les mots nécessaires, puis une poignée de main.
L’apostolat missionnaire. On pourrait se demander si ce type de travail technique correspond à l’idée classique sur le missionnaire, prédicateur de l’Evangile qui convertit et baptise des foules de païens. Dans le même temps, en fait, d’autres confrères jésuites se consacraient à cet apostolat direct. Tonio pensait, lui, plutôt à la formation de chrétiens adultes, hommes et femmes de valeur, capables d’influencer l’avenir du pays. Toutefois, les dimanches ainsi qu’à Noël et à Pâques, il se consacrait à l’apostolat direct par l’administration des sacrements et la messe dans les paroisses de campagne. Tonio n’était pas expansif, mais plutôt sec et parfois expéditif. Sous cette apparence un peu rude, cependant, se cachait un cœur d’or, délicat et affectueux.
En 1966, ayant obtenu un financement de l’Union Européenne. Il fit construire par le Frère Galliano une nouvelle aile de cinq étages, annexe au bâtiment existant dans lequel il travaillait et habitait. Ce fut le dernier acte de sa vie.

P. RASOLO Cyrille, s.j
Conférence sur le bicentenaire de la restauration de la Compagnie de Jésus
Collège Saint Michel Amparibe Antananarivo, Samedi 31 Mai 2014.